
« Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. Sans eux, c’en est fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre une justification secrète. Ils sont, ces insoumis, le sel de la terre… » André Gide.
« If you trust in Nature, in the small Things that hardly anyone sees and that can so suddenly become huge, immeasurable; if you have this love for what is humble and try very simply, as someone who serves, to win the confidence of what seems poor: then everything will become easier for you, more coherent and somehow more reconciling, not in your conscious mind perhaps, which stays behind, astonished, but in your innermost awareness, awakeness, and knowledge. (…) I would like to beg you to have patience with everything unresolved in your heart and to try to love the questions themselves as if they were locked rooms or books written in a very foreign language. Don’t search for the answers, which could not be given to you now, because you would not be able to live them. And the point is, to live everything. Live the questions now. Perhaps then, someday far in the future, you will gradually, without even noticing it, live your way into the answer. » Rielke
« Si tu crois en la Nature, en ces petites Choses que presque personne ne voit, et qui peuvent soudain devenir immenses, non mesurables; si tu es capable d’éprouver de l’amour pour ce qui est humble, et si tu essaies simplement, comme quelqu’un qui sert, de gagner la confiance de ce qui semble pauvre : alors tout deviendra plus facile pour toi, plus cohérent, plus conciliant, sans doute pas en ta conscience, qui restera en arrière, stupéfaite, mais dans tes pensées les plus intimes, ton ouverture d’esprit, ta connaissance…Je t’implore d’être patient avec chaque interrogation non résolue au fond de ton coeur, et de tâcher d’aimer les questions elles mêmes, comme si elles étaient des pièces fermées ou des livres écrits dans un langage complètement étranger. Ne te polarise pas sur les réponses, qui pourraient ne pas t’être données car tu n’es pas encore prêt à les vivre. Vis maintenant pleinement. Peut être un jour dans le futur, tu pourras, sans même t’en apercevoir, continuer ton chemin dans la réponse… » Rielke

Question du jour: l’état du monde permet il de continuer à l’apprécier?
le livre de
Francois CHENG , « Oeil ouvert et coeur battant » nous aide à répondre:

« C’est bien grâce à la beauté qu’en dépit de nos conditions tragiques nous nous attachons à la vie. Tant qu’il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l’air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée. »
« Les meilleurs d’entre nous, ayant dominé en eux-mêmes le surgissement de la violence, ont développé des qualités morales ou spirituelles qui sont de fait innées à l’homme et qui lui font honneur. Nous pensons notamment aux qualités de générosité, d’empathie, de compassion, de miséricorde, de sacrifice au nom de la Vie, d’amour sans condition. Ces qualités, traduites en actes, rehaussent l’humanité, la sauvent du désespoir et de la perdition. En quoi ces actes, qui ont trait plutôt au vrai et au bon, ont-ils à voir avec le beau ? Sans user de trop d’arguments, il nous suffit de rappeler qu’en français, à propos de ces actes, on parle non de vrais gestes, de bons gestes, mais de beaux gestes »
« L’art, en son état suprême, est une parcelle de cette beauté à la fois charnelle et spirituelle de l’univers vivant révélée par une âme humaine. Il faut bien parler de l’âme au sujet de la création artistique. Celle-ci mobilise, bien entendu, le corps et l’esprit de l’artiste. Mais sa vraie dimension, c’est l’âme qui, ne l’oublions pas, constitue l’essence de l’unicité de chaque être. Si l’esprit raisonne, l’âme, elle, résonne. »
« La beauté, ce don qui nous est offert sans réserve, est omniprésente. Il faut savoir en capter les plus humbles manifestations. Ces fleurs anonymes qui poussent dans les fentes d’un trottoir, ce rayon de soleil qui soudain fait chanter un vieux mur, ce cheval pensif au milieu d’un pré après la pluie, ces fragrances et saveurs que la mémoire réveille… »
« Il faut sauver les beautés offertes et nous serons sauvés avec elles. Pour cela, il nous faut, à l’instar des artistes, nous mettre dans une posture d’accueil, ou alors, à l’instar des saints, dans une posture de prière, ménager constamment en nous un espace vide fait d’attente attentive, une ouverture faite d’empathie d’où nous serons en état de ne plus négliger, de ne plus gaspiller, mais de repérer ce qui advient d’inattendu et d’inespéré. »
« On peut admettre que l’homme a été fait, justement, pour être le cœur battant et l’œil éveillé de l’univers vivant; il n’est plus cet être déraciné, éternel solitaire qui dévisage l’univers d’un lieu à part. Si nous pouvons penser l’univers, c’est que l’univers pense en nous. »
« Notre existence n’est plus cette aventure absurde et futile entre deux poussières; elle jouit d’une perspective ouverte. Dans cette optique, notre regard qui perçoit la beauté et notre cœur qui s’émeut de la beauté donnent un sens à ce que l’univers offre comme beauté, et, du même coup, l’univers prend sens et nous prenons sens avec lui. »
« Le mal, nous savons ce qu’il est, tant la vie humaine en est rongée. Il y a le mal causé par les maladies ou les calamités naturelles. Il y a celui que les hommes infligent aux autres hommes. Ce dernier est bien plus terrifiant. L’homme étant doué d’intelligence et jouissant de la liberté, quand il met son ingéniosité au service du mal – massacres, génocides, supplices, viols, tortures physiques ou morales, destructions massives –, il n’y a point de limites à sa radicalité. La mort même n’y mettrait pas fin, car ce mal démolit, avec une effroyable cruauté, non seulement le corps, mais l’âme. Il est capable d’anéantir l’ordre de la Vie même. Ainsi, ce mal radical transforme notre planète unique en un astre noir parmi les astres »
« Et donc, grâce à la beauté, en dépit de nos conditions tragiques, nous nous attachons à la vie.
Tant qu’il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l’air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée. »
et comme Tolkien a su nous le transmettre dans Lord of the Rings, transposé ici du discours de Sam a Frodon dans le film de Peter Jackson

« C’est comme dans les Grandes Histoires, celles qui importaient vraiment, celles où il y avait dangers et ténèbres. Parfois, on ne voulait pas connaitre la fin, car elle ne pouvait pas être heureuse. Comment le monde pouvait-il redevenir comme il était avec tout le mal qui s’y était passé ? En fin de compte, elle ne fait que passer, cette ombre. Même les ténèbres doivent passer. Un jour nouveau viendra. Et lorsque le soleil brillera, il n’en sera que plus éclatant. C’était ces histoires dont on se souvenait et qui signifiaient tellement… Même lorsqu’on était trop petit pour comprendre. Mais je crois que je comprends. Je sais maintenant. Les personnages de ces histoires avaient trente six occasions de se retourner mais ils ne le faisaient pas. Ils continuaient leur route parce qu’ils avaient foi en quelque chose, qu’iI y a du bon en ce monde et il faut se battre pour cela.



It is said that before entering the sea
a river trembles with fear.
She looks back at the path she has traveled,
from the peaks of the mountains,
the long winding road crossing forests and villages.
And in front of her,
she sees an ocean so vast,
that to enter
there seems nothing more than to disappear forever.
But there is no other way.
The river can not go back.
Nobody can go back.
To go back is impossible in existence.
The river needs to take the risk
of entering the ocean
because only then will fear disappear,
because that’s where the river will know
it’s not about disappearing into the ocean,
but of becoming the ocean.
